Le jeu libre chez l’enfant

Laisse-moi jouer sans contraintes ! Laisse-moi explorer et construire mon imaginaire…

C’est par le jeu que tout-petit se développe dans les premières années de sa vie. Inné et universel, il a une importance primordiale dans la construction du bébé. En grandissant, l’enfant a toujours un grand besoin de jouer, et il est important de privilégier des moments de jeu libre dans son emploi du temps.

Qu’est-ce que le jeu libre ?

Dans le jeu libre, il n’y a pas de consignes imposées. L’enfant prend des initiatives et il crée ses propres règles. Il peut les modifier quand il le souhaite, les tester et les réinventer autant de fois qu’il veut. Loin de l’adulte, il apprend à résoudre seul les obstacles rencontrés et il ne craint pas de faire des erreurs. Si le jeu structuré permet à l’enfant de développer son attention, sa réflexion et de se préparer aux exigences de la scolarité ; le jeu libre lui offre la possibilité de laisser libre cours à son imagination, de développer sa créativité et de reprendre de l’assurance dans les divers scénarios qu’il improvise.

Pourquoi l’enfant a-t-il besoin du jeu libre ?

Jouer librement c’est d’abord se procurer beaucoup de plaisir. Et c’est la première motivation de l’enfant quand il se lance dans ses jeux de manière spontanée. Bébé, il expérimente le monde avec sa bouche et découvre son environnement en jouant. A l’âge de la parole, il va commencer à se créer des univers fantastiques dans lesquels il est le héros. Le petit conquérant, bâton à la main, l’air décidé, qui part en courant vers un ennemi imaginaire, cela ne vous rappelle pas quelqu’un ?

Le jeu aide l’enfant à se surpasser et à prendre confiance en lui. Il rejoue parfois des événements de sa propre vie sur lesquels il n’a pas de contrôle et qui ont été difficiles à vivre. Il se les réapproprie et leur donne du sens. Je me souviens d’un de mes enfants qui grondait ses peluches parce qu’elles avaient fait une bêtise. Et chacune, à tour de rôle, était fortement réprimandée… L’enfant expérimente ainsi d’autres rôles et il a la possibilité d’apprendre à ressentir diverses émotions et à développer son empathie.

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Les avantages du jeu libre pour l’enfant

Dans le jeu libre, l’enfant développe sa pensée créative. N’importe quel accessoire peut représenter une multitude d’objets. Un simple bout de tissu habille votre petite fille de la plus magnifique robe de princesse. Deux tabourets et une couverture deviennent un château, et un bâton sert d’épée pour son chevalier. Puis, en un instant, le bout de tissu peut devenir une voile; les tabourets, un bateau et le bâton, un gouvernail.

En multipliant les moments de jeu libre, on permet à l’enfant d’acquérir de l’autonomie. Il décide de l’évolution de son jeu et suit sa motivation intérieure. Ses choix l’amènent vers des résultats qu’il peut à tout moment modifier ou revoir. Comme il n’y a pas de jugement extérieur, il élabore ses propres schémas de pensée en les testant et en les améliorant : il renforce sa confiance en lui.

Quand il joue avec d’autres enfants, il construit des habiletés sociales. L’émulation du groupe lui permet aussi d’apprendre à coopérer avec les autres et à structurer sa pensée quand il veut expliquer son univers. Et il devra apprendre à défendre son point de vue et contrôler ses émotions lors des conflits.

Dans une fratrie, le jeu libre est une source d’apprentissages illimitée pour les plus jeunes. Ils n’ont pas besoin d’être guidés par l’adulte, les frères et sœurs peuvent tout à fait jouer ce rôle et bien souvent, leur langage est plus compréhensible et mieux adapté.

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Le positionnement de l’adulte

Dans le jeu libre, l’adulte est en retrait. En ce qui concerne les tout-petits, il peut préparer du matériel et le rendre accessible. Sa présence est souvent requise, mais il ne doit être qu’un observateur discret. Je ne compte plus le nombre de fois où mon salon a été investi par mes enfants quand ils étaient plus jeunes parce qu’ils avaient besoin d’être près de moi pour se lancer dans leur activité.

En grandissant, les besoins sont différents. L’enfant va se soustraire à notre regard. Il cherche davantage à s’isoler pour s’investir totalement dans ses activités. Le regard de l’adulte peut le troubler ou le freiner, et il ne rentre pas totalement dans son jeu tant qu’il se sent observé. Il est important de respecter ce besoin d’isolement tout en s’assurant qu’il n’y a pas de danger. Dans les fratries, les plus grands sont là pour veiller sur les plus jeunes et donner l’alerte. Cela ne m’empêche pas d’aller jeter un œil discrètement quand tout est très calme pour m’assurer que l’activité en cours reste dans le cadre établi.

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Comment favoriser la mise en place du jeu libre ?

Pendant de nombreuses années, mes enfants ont bénéficié de beaucoup de temps libre puisqu’ils n’étaient pas scolarisés. Deux à trois heures de travail formel étaient suffisante pour les apprentissages purement scolaires. Le reste était dédié aux sorties, à la pratique des arts et aux jeux. Et si quelques fois, je participais à un jeu de société avec eux, la plupart du temps, ils jouaient librement.

Savoir s’occuper et trouver un centre d’intérêt ne vient pas tout seul. L’enfant devra parfois passer par quelques minutes d’ennui, mais cela ne dure jamais très longtemps. L’ennui favorise l’imagination, mais une fois qu’elle est en route, les idées fusent rapidement et le jeu s’installe ! Ce n’est donc pas grave si votre enfant vous ressasse « j’m’ennuie… J’sais pas quoi faire… ». Il est souvent nécessaire qu’il passe par cette étape. D’ailleurs, est-ce une coïncidence, mais depuis qu’ils sont retournés à l’école en septembre dernier, j’entends à nouveau régulièrement cette petite phrase… Un enfant qui est trop sollicité ou dirigé tout au long de sa journée, perd sa capacité à prendre des initiatives et à chercher des occupations seul. En revanche, plus il joue, plus il trouve de ressources en lui pour s’occuper dans les moments où vous ne pouvez pas être avec lui.

Enfin, certains jouets facilitent l’entrée dans le jeu libre : les jeux de construction (Kapla, Lego, Meccano, Jeu Jura,…) ou les jeux de rôle (Playmobil, figurines Schleich, poupées…). Il existe aussi des jeux tels que ceux de Grimm’s, avec un design minimalistes qui favorisent l’imaginaire et permettent à l’enfant de créer son propre univers.

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Instruire ses propres enfants… un équilibre subtil

Tous les parents instruisent leurs enfants, ils montrent, ils expliquent, ils racontent, ils accompagnent, ils jouent avec eux… Mais pratiquer l’instruction en famille IEF, implique en plus d’assumer le rôle de l’école et de transmettre cette culture commune à tous les élèves. Les façons d’instruire en dehors des institutions scolaires sont nombreuses, allant du cours par correspondance aux apprentissages autonomes. Chaque famille fait ses choix et ajuste au fur et mesure.

Un boulot à plein temps ?

Il y a cependant une problématique qui revient souvent dans les échanges à propos de ce choix atypique, c’est celle de savoir comment il est possible de faire travailler ses propres enfants ; comment on ne se laisse pas déborder par l’affect ; comment garde-t-on suffisamment de patience jusqu’au soir ? La première réponse qui me vient souvent à l’esprit, c’est que non, ce n’est pas un problème, et que dans l’ensemble, la fratrie joue le jeu. Il y a bien sûr des moments de tension, et d’autres où il faut répéter inlassablement, mais c’est le propre de l’éducation.

Un rythme différent en IEF

Cependant, en repensant aux années de scolarisation de mes enfants, je comprends mieux l’origine de ces interrogations. Je me rappelle l’état d’excitation dans lequel je retrouvais les enfants le soir après l’école, la difficulté de les recentrer pour réaliser leurs devoirs et la cadence effrénée imposée à chacun au cours de ces fins d’après-midi et de ces soirées. C’est sans doute à ces moments-là que font référence les personnes qui me questionnent et elles n’imaginent pas un seul instant vivre cela tout au long de la journée. Et je les comprends.

Aujourd’hui, notre rythme de vie est bien différent. Le quotidien s’est simplifié depuis que l’on pratique l’instruction en famille et il en découle un juste équilibre dans nos relations. Nous arrivons mieux à gérer le temps et prendre du recul vis à vis de la demande grandissante de notre société d’aller toujours plus vite et de faire toujours plus. Pas besoin de mettre de réveil le matin, pas de course non plus pour préparer tout le monde pour aller à l’école. Cela peut paraître anodin, mais une journée qui commence sereinement, a plus de chance de continuer dans cet esprit.

Les avantages de l’IEF

Les enfants ne subissent pas non plus la pression continue d’une journée d’école avec ses contraintes horaires, la nécessité incontournable de respecter et de répondre aux demandes des adultes et du groupe, le bruit et les sollicitations multiples. Tout n’est pas toujours calme et serein à la maison. Cependant, le travail individuel ou au sein de la fratrie est plus condensé et efficace ; les insatisfactions et les conflits sont repérés plus facilement et plus vite désamorcés. Les enfants ne sont pas toute la journée obligés de prendre sur eux pour satisfaire aux exigences des adultes de l’école et se faire accepter dans leur groupe de pairs. L’ambiance générale est moins stressante et beaucoup plus douce et paisible. Il devient alors plus facile d’être écouté par ses enfants et de jouer le rôle d’enseignant-accompagnateur en plus de celui de parent, d’autant que, chez nous, ce rôle se tient le plus souvent en début de journée au moment où chacun est relativement disponible.

 

Les apprentissages en IEF

Un autre élément de réponse tient dans les modes d’apprentissage que nous utilisons. Nous ne sommes pas en unschooling, mais nous ne fonctionnons pas non plus comme une école. Les temps de travail formel sont réduits, plus efficaces du fait d’être individuels, et beaucoup moins dirigés. Les enfants acquièrent petit à petit une certaine autonomie. Plus elle s’accroît, et plus ils sont capables de gérer leurs apprentissages et d’organiser leur planning eux-mêmes.

Pour les plus jeunes, le travail se fait beaucoup sous forme de jeux et avec peu de contraintes ; et finalement ils sont très demandeurs dès lors que le travail n’est pas associé à une exigence de performance ou à de la compétition. A partir de l’apprentissage de la lecture, le temps de travail formel quotidien devient un peu plus routinier et cadré, mais n’excède pas une heure par jour. Progressivement, il prend un peu plus de place tout en ne dépassant pas 2h30 à 3h.  Ce sont surtout les fondamentaux lire, écrire et compter qui font l’objet d’un travail suivi ; les autres apprentissages sont abordés de manière plus informelle au cours de visites de musées, de sorties pédagogiques avec d’autres familles, de recherches sur Internet, de lectures, de visionnages de DVD et documentaires, de jeux de société, de jeux, de rencontres…

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IEF = la liberté pour plus d’autonomie

En instruction en famille, les apprentissages libres à l’initiative de l’enfant occupent une grande place dans la journée. Quelle que soit la situation, l’enfant apprend à chaque instant, parce qu’il vit, qu’il interagit avec son environnement, qu’il expérimente, qu’il choisit des voies, qu’il se trompe, qu’il recommence, qu’il ajuste et qu’on lui laisse le temps pour cela… Il y a dans la fratrie de nombreux comportements de coopération et d’entraide où les échanges entre les grands et les petits sont d’une richesse incroyable. Et je ne suis pas constamment présente dans leurs relations de jeux ou de vie. Chacun observe des moments seul, à deux, à trois ou à quatre. Les liens dans la fratrie évoluent au fil des jours en fonction des affinités de chacun pour telle ou telle activité.

Un exemple de matinée libre (il y a quelques mois) : la veille d’un départ en vacances, les enfants s’occupent comme ils le souhaitent pendant que je prépare le voyage. J’entre en fin de matinée dans la chambre des garçons pour voir ce que chacun fabrique, et je découvre mon aînée avec son frère en pleine répétition de chant autour du piano. Le deuxième lui invente et construit tout un arsenal de « Hand Spinner » en Lego. Quant à la petite dernière, elle s’applique à réaliser une tour en Kapla aussi grande qu’elle. Chacun a entrepris seul ou à deux, ils se sont occupés toute la matinée et je ne les ai pas entendus. Et pendant ce temps, j’ai pu organiser les préparatifs pour notre départ en vacances dans une ambiance calme.

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L’IEF, un choix remis en question tous les ans

Le tableau n’est pas idyllique tous les jours. Il peut y avoir discussions, négociations, et parfois même, j’ai besoin de me montrer plus persuasive. Mais dans l’ensemble les enfants acceptent bien le fait que ce soit leur maman qui joue le rôle d’enseignante-accompagnatrice. Ils sont libres de retourner à l’école ou au collège, et en connaissent les avantages et les inconvénients. J’ai toujours gardé à l’esprit qu’ils pourraient avoir à y retourner et je souhaite qu’ils aient un minimum de repères et de codes en lien avec l’institution. Notre fille aînée a choisi en septembre dernier d’aller au collège pour sa troisième. Et dans l’ensemble, sa réintégration est réussie : elle ne s’est pas retrouvée complètement perdue ou déconnectée par rapport aux autres élèves.

Instruire ses enfants en dehors de l’école reste à mon sens un art en constante évolution. La plupart des blogs sur l’instruction en famille sont plein de bonnes intentions et ne montrent souvent que des images parfaites : un arrêt sur image d’instants de la journée où la situation globale est maîtrisée. L’instant, où on a le temps de penser à prendre son appareil photo pour immortaliser une situation valorisante, un moment serein où tout se déroule comme on l’avait prévu…

Ne copiez pas les autres familles IEF

Nous attendons trop souvent ces moments. Et le mode de fonctionnement d’une famille ne peut être appliqué tel quel à une autre famille : chacun a une éducation adaptée à ses enfants et ses attentes, des façons diverses d’entreprendre et des visions différentes. On ne peut pas faire de « copié-collé » à partir de posts de blogs ou de témoignages. Ils doivent rester des sources d’inspiration, qui peuvent être une aide, mais qui peuvent également ne pas être applicables à notre mode de vie ou notre propre fonctionnement. Sinon, le découragement peut vite s’insinuer dans notre tête et le doute prendre le dessus, ces témoignages ne nous aident pas. Ils ont même tendance à nous faire douter encore plus de nos capacités à réussir dans cette tâche complexe d’instruction et d’accompagnement. La réalité du quotidien avec ses enfants n’est pas toujours facile, parfois rien ne se déroule comme on le souhaite, les débuts de journée peuvent être chaotiques et les fins d’après-midi épuisantes et vraiment peu satisfaisantes. De telles situations, j’en ai déjà vécues d’innombrables…

 

Mais ne cherchez pas l’image, je n’en pas en stock !

 

Un équilibre à préserver pour bien vivre l’IEF

J’apporterai une dernière précision pour ceux ou celles qui se lancent ou veulent se lancer dans cette aventure, l’âge des enfants est aussi un facteur à prendre en compte. La dernière ayant six ans, je peux maintenant m’offrir plus facilement du temps pour moi, ce qui n’était pas le cas quand nous avons commencé en 2009 avec des enfants en bas âge, plus demandeurs en attention et moins autonomes. Il peut être nécessaire d’avoir alors un ou plusieurs relais de temps à autre, et de pouvoir échanger et partager avec d’autres. Chaque famille est différente, a son propre fonctionnement, son lot de galères et ses propres astuces ; donc il ne faut pas hésiter à partager ses expériences qu’elles soient positives ou moins satisfaisantes, et s’entraider. Ce choix de vie reste pour nous, un équilibre qui nous va bien, car notre rythme de vie nous semble juste et les liens entre frères et sœurs solides.

Voyager avec ses enfants, une source d’apprentissages

 

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Voyager au long court, c’est sortir de sa zone de confort et accueillir une multitude de stimulations, de sensations et d’informations. Pour un enfant, c’est se construire dans un environnement toujours changeant qui demande une certaine adaptation. Il grandit, s’autonomise et s’organise avec des repères différents. Il développe de nombreuses facultés qui lui seront très utiles dans sa vie future.

Voici la retranscription d’un article, que j’ai écrit pour le CSN de décembre 2015, bulletin pour l’instruction en famille de l’association CISE (Choisir d’Instruire Son Enfant). Et sinon, vous pouvez lire le scan des pages du CSN en bas de l’article.

Le voyage, source intarissable d’apprentissages…

Avant notre départ déjà, on nous questionnait souvent sur le « pourquoi » de ce voyage. Depuis notre retour en 2003 d’un tour du monde d’un an, nous avions la conviction, que voyager avec nos enfants serait un immense cadeau que nous pourrions leur offrir pour leur épanouissement et leur ouverture sur le monde. Nous percevions que ce voyage au long court avait imprégné notre vie ; notre façon d’appréhender le monde, notre rapport aux gens, notre vision de la société, notre propre jugement sur les évènements quotidiens personnels ou à l’échelle mondiale.

Nos enfants, ayant la chance de vivre cette expérience dès leur plus jeune âge, auront-ils une prise de conscience sur le monde plus critique ? Sauront-ils davantage respecter et accepter les autres peuples et leurs différences culturelles ? Comment réagiront-ils face aux injustices et aux problématiques du monde ? Comment leur vie future d’adulte sera transformée ?

Difficile de répondre à toutes ces questions pour le moment ; nous avons peu de recul et le retour est récent. Mais nous pouvons citer un certain nombre d’acquis de la vie quotidienne qui continueront sûrement à leur servir de base de manière consciente ou inconsciente dans leur développement futur.

 

La faculté adaptation

L’une des compétences essentielles pour des petits globetrotters est la capacité d’adaptation. Confrontés tous les jours à un environnement nouveau, ils doivent s’adapter aux changements de rythmes, aux logements variés, aux nouvelles saveurs, aux langues singulières, aux climats irréguliers… Les références changent aussi : les règles de politesses, les coutumes, le rapport au temps, la variété des monnaies, les écritures aux alphabets inconnus, les panneaux de signalisations parfois indéchiffrables… La liste peut toujours s’allonger tant la nouveauté est quotidienne et la routine difficile à installer. Il faut savoir construire de nouveaux repères rapidement dans des environnements et des modes de vie parfois très éloignés de ce que l’on connait.

« Je n’avais pas réalisé que les pays du monde étaient si différents. Entre l’Asie et l’Australie, il n’y a rien en commun : la nourriture, les habits, le mode de vie, les maisons, la langue, l’hygiène… Rien n’est pareil.» Inès

« En Asie, ils ont des alphabets différents de nous et ils prononcent des sons bizarres. En ville, la circulation se fait dans tous les sens, ils n’ont pas de règles. Souvent, ils sont à 4 ou 5 sur un scooter. On peut se faire écraser, si on ne fait pas attention. » Marin

« Au Québec, ils parlent français, mais avec un accent. Et ils utilisent des expressions différentes : des souliers, des bas, un chandail, barrer la fenêtre… » Côme

« Pendant le voyage, ma maison elle me manquait. Mes jouets aussi. Mais j’avais mon doudou. » Eléane

La flexibilité

S’adapter, c’est avoir une certaine flexibilité dans ses réactions et ses attentes. L’enfant est bousculé dans son confort habituel et il va devoir apprendre à tolérer certains désagréments : des chambres d’hôtel au confort rudimentaire ; des moyens de transports sommaires parfois sur de très longues distances ; des heures d’attente dans les gares, les aéroports ou au restaurant ; la salubrité douteuse de certains lieux publics ; la promiscuité car la famille est souvent logée dans une seule chambre ou dans un camping-car ; les désaccords et les conflits entre frères et sœurs qui apparaissent plus facilement avec la fatigue ; l’apprentissage des concessions vis-à-vis des autres ; un stock limité de jouets dans le soucis de voyager léger ; le manque de repères… C’est un apprentissage de chaque instant. L’enfant doit trouver des ressources intérieures pour se familiariser avec cette vie de nomade, gérer ses frustrations, palier à la fatigue, réajuster ses ressentis, réinventer chaque jour son quotidien dans un environnement en constante évolution.

« Au début, en Australie, on n’avait pas trop l’impression de bouger tout le temps avec le camping-car. Mais parfois, en Asie, il y a eu des moments où ça devenait dur, car on devait toujours refaire son sac ou dormir ensemble, et on n’avait pas trop d’espace pour être seul. Maintenant, après avoir passé des heures et des heures dans les transports, les trajets de 2 ou 3h nous semblent courts. On a appris la patience. » Inès

« On s’est beaucoup promené. On a beaucoup marché et des fois je ne sentais plus mes jambes. Les voyages en bus n’étaient pas très confortables ; il y avait des lumières, ça bougeait, les gens faisaient du bruit… » Marin

« En Asie, les gens se déplacent en tuk tuk, c’est un peu comme un taxi avec trois roues, un moteur, un chauffeur à l’avant avec un guidon. Nous, on pouvait monter à six dedans en se serrant. » Côme

« J’aimais bien dormir dans le camping-car, c’était confortable. C’était long d’attendre le train. Et j’aimais pas quand ça sentait mauvais. » Eléane

L’organisation

Et si l’on veut que le voyage reste un plaisir, mieux vaut être organisé afin d’anticiper au mieux les évènements et gérer les imprévus. S’organiser en voyage, c’est tout d’abord savoir faire son sac, car il va falloir le vider et le refaire très souvent. Chacun a pu se rendre compte de l’utilité d’être ordonné et de ranger correctement ses affaires pour éviter de passer un temps fou à les chercher ou les semer au fur et à mesure de nos déplacements. Ils ont pu s’imprégner également de notre organisation quotidienne dans la recherche de logements et de nourriture, la gestion du budget, le choix des itinéraires, l’étude des visites possibles adaptées à toute la famille, l’attention permanente pour la sécurité et la santé de tous…

L’organisation intérieure des enfants n’est pas à négliger non plus. Pour les aider, nous leur racontions, dès que nous le savions, la succession des déplacements ou le déroulement de la journée. Car si les plus grands étaient capables de questionner, les plus jeunes n’avaient pas toujours la capacité d’exprimer leurs angoisses et avaient besoin d’être rassurés…

« On a apprécié de rester des fois une semaine au même endroit, de ne pas avoir à refaire notre sac tous les jours et bouger tout le temps. » Marin

« Des fois, je voulais savoir où on dormirait le soir ; mais papa et maman, ils ne savaient pas. » Côme

« Moi, j’avais mon petit sac à dos violet, et je pouvais ranger mon doudou dedans. » Eléane

L’autonomie

Les enfants, qui acquièrent petit à petit quelques rituels d’organisation, sont devenus de plus en plus autonomes, ont appris à se débrouiller et ont gagné en responsabilisation : monter leur tente seuls, coopérer avec les frères et sœurs, préparer leur coin lit pour le soir, prendre leur douche, se laver les dents ou faire la vaisselle aux sanitaires communs, s’entraider entre petits et grands, gérer son temps entre jeux libres et tâches quotidiennes. Ils ont, de plus, expérimenté quelques petits achats dans les marchés ou les boutiques, l’art du marchandage et ont manipulé les monnaies locales. Enfin, ils ont exploré d’autres moyens de communications.

« Laver mes sous-vêtements tous les soirs est devenu une habitude. On n’avait pas vraiment le choix, et maintenant je sais mieux plier mes vêtements. Je sais aussi mieux me débrouiller seule et dans mon travail scolaire, je suis plus autonome. » Inès

« Pour expliquer les règles du jeu à d’autres enfants, on jouait entre nous et ensuite on jouait avec eux. Dans les magasins, je donnais ma pièce au vendeur et il me montrait tout ce que je pouvais acheter avec. » Marin

« Je sais monter la tente bleue ; et maintenant, je peux préparer mes vêtements tout seul quand on part quelque part. » Côme

La construction du monde

Les enfants se sont construit naturellement une image du monde à travers les continents traversés. Le voyage a été l’occasion de comprendre un peu mieux ce monde, d’étudier le fonctionnement et l’organisation des pays et de se créer des repères géographiques. Ils ont vécu d’autres cultures, d’autres religions, d’autres modes de vie… Ils ont réalisé que tous les enfants du monde n’avaient pas la même chance d’accéder à l’instruction, qu’ils n’avaient pas accès au même confort que dans les pays occidentaux et qu’il y avait certaines injustices. Cependant, ces enfants gardaient leurs sourires et leur joie de vivre communicative ; ils étaient très créatifs et s’amusaient avec peu de choses. C’est à travers toutes ces expériences, les nombreux échanges vécus et les discussions en famille, que le monde s’est élaboré et s’est agencé dans leur tête.

« Je n’imaginais pas que des enfants soient obligés de travailler pour pouvoir se nourrir et aider leur famille. Certains ont la chance d’aller à l’école. Dans les classes, ils sont assis à des tables ou par terre et il n’y a pas beaucoup de matériel. » Inès

« En Asie, il y a des pauvres qui demandent de l’argent, ils sont parfois handicapés à cause des guerres. Au Cambodge, les Khmer rouges ont voulu imposer leurs pensées, ils torturaient leurs prisonniers et les tuaient. En France, on a de la chance, on est en démocratie. » Marin

« Au Laos, on a joué avec des garçons pendant un après-midi. Avant de partir, on leur a donné à chacun un bonhomme Playmobil pour qu’ils continuent de jouer. Ils étaient très contents. A Phnom Penh, il y a des enfants qui vivaient dans des décharges ; mais des gens ont créé une école pour les instruire et leur donner un métier. » Côme

« A Sydney, on est monté en haut de la Sky Tower et j’ai vu des toutes petites rues et des petites voitures en bas. Dans la forêt, j’ai vu aussi des drôles d’animaux : des wombats, des kangourous, des koalas, des autruches… » Eléane

La stimulation des sens

L’expérience des autres cultures se poursuit aussi dans la découverte d’aliments très spéciaux comme les insectes, les épices, les fruits et légumes inconnus qui chamboulent tout leur référentiel goût et texture. Avec parfois quelques appréhensions, ils se sont lancés dans une aventure gustative qui les a tantôt réjouis ou à l’inverse déçus.

« En Amérique Latine, on mangeait beaucoup de sandwichs à l’avocat et au thon, et des fruits. J’ai adoré le « garlic bread » (pain à l’ail) en Australie. Au Québec, leur plat favori, c’est la poutine (des frites, avec du fromage qui grince sous les dents et une sauce brune). J’ai trouvé ce plat assez ordinaire et pas terrible. » Inès

« Au Québec, on a cuisiné de délicieux hamburgers-maison au barbecue. En Australie, on mangeait des « baked beans » (haricots blancs dans une sauce tomate sucrée). En Asie, j’ai adoré les « pad thaï » avec des crevettes, des cacahuètes, du citron vert… Parfois, c’était un peu épicé ! » Marin

« On a mangé des insectes en Thaïlande et j’ai aimé. En France, c’est rare d’en trouver. Des fois, les plats sont très piquants. A Bangkok, le dentifrice avait le goût de produit vaisselle à l’orange. C’était vraiment pas bon.» Côme

« En Thaïlande, on mangeait sur des tables dans la rue. On mangeait toujours du riz. A Noël, on a eu des bonbons, car il n’y avait pas de chocolat. » Eléane

Un autre sens a été également stimulé tout long du voyage : l’ouïe. Chaque langue entendue leur a offert une mélodie particulière avec ses sonorités et son chant. Pour chacune d’elles, nous avons appris à dire quelques mots comme « bonjour, merci, au revoir… » ; et c’était un grand plaisir pour eux de les redire aux personnes rencontrées. Cette exposition aux langues étrangères leur a fait prendre conscience de l’importance de maîtriser d’autres langues que le français et à quel point l’anglais était quasi universel. Peut-être une réelle motivation pour apprendre les langues…

« En voyageant, j’ai appris que la langue n’est pas une barrière. On peut facilement s’amuser avec d’autres enfants même s’ils ne parlent pas notre langue. On pouvait se présenter en anglais et ensuite on essayait de se comprendre avec des gestes. » Inès

« On a pu apprendre quelques mots dans chaque langue, mais ça ne suffisait pas. Sinon, il faut apprendre l’anglais pour pouvoir parler partout. » Marin

« On se parlait avec des signes. En Asie, ils parlent des langues difficiles. On ne pouvait rien comprendre. Sauf « sawadii kha », « sabai di », « sin chao », ça veut dire bonjour. » Côme

« En Amérique, ils parlaient en anglais, mais je ne comprenais rien. » Eléane

Les apprentissages scolaires

De manière un peu plus formelle, nous avons abordé les mathématiques et le français, afin que les enfants gardent un contact avec l’écrit et la lecture, et maintiennent leur capacité de raisonnement en adéquation avec un travail un peu plus scolaire.

Nous utilisions la méthode Singapour pour les maths. Le français a surtout été travaillé par le biais des articles de leur blog, et des livres « Les petits devoirs » de la Librairie des écoles. Inès, qui commençait le collège, s’est aidée principalement des cours du CNED en ligne pour la littérature et les maths.

Nous avions pris le parti d’étudier tous les jours de la semaine, en moyenne 45 min à 1h30 en fonction des âges, sans pause le week end ; ce qui permettait de compenser les grosses journées de transport ou de visites au cours desquelles, nous laissions de côté le travail scolaire. Finalement, cette régularité a grandement simplifié la mise en route quotidienne et a permis aux enfants d’avancer plus efficacement : une certaine routine s’était installée…

Pour conclure…

Le souvenir d’une situation, d’un endroit, d’un vécu sera un outil vraiment précieux et un socle de références pour construire leurs futurs apprentissages plus théoriques et plus abstraits. Nos enfants ont baigné dans des atmosphères tellement variées tout au long de ce voyage ; ils ont participé à des scènes de vie incroyables ; ils ont expérimenté, écouté, vu, senti, goûté, ressenti… On n’a aucune idée du réel impact sur leur vie future de ces quelques mois hors de leur quotidien en France. Mais ils ont appris à s’ouvrir sur le vaste monde.

La famille en ressort encore plus soudée et chacun a pu construire des ressources en lui pour continuer à grandir physiquement mais aussi intérieurement. L’avenir nous dira quelles richesses ont germé en eux…

Notre blog : http://explomonde.com/

 

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